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Le Hezbollah et nous : chronique d’une illusion mortifère

المحرر Editor 7 مارس، 2026 تمت قراءة 8 دقيقة

 

Le Hezbollah et nous : chronique d’une illusion mortifère

/ Par Hazem Saghieh, ….Le Hezbollah et nous : chronique d’une illusion mortifère

Une foule brandissant le drapeau du Hezbollah et le portrait de Khamenei lors d’un rassemblement en son honneur après son assassinat, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 1er mars 2026. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour

Avant l’islam, les Arabes nommaient certaines années d’après les batailles qu’ils avaient menées, comme « l’année de l’Éléphant », en mémoire de la bataille éponyme. Ils ont aussi appelé les guerres de leurs tribus, telles que la guerre d’al-Basous, « Grands Jours des Arabes ». Pour notre part, tous nos jours et toutes nos années se rapportent au Hezbollah et à ses guerres. Ainsi, on peut dire qu’untel est né pendant la deuxième guerre du Hezbollah contre Israël, ou dix ans avant sa guerre en Syrie… Il a envahi le temps libanais, y compris nos temps personnels, sans jamais se lasser ni introduire la moindre modification pour rompre la monotonie.

J’ai entendu parler du Hezbollah pour la première fois en 1981. Ce jour-là, une organisation portant ce nom fut fondée en Iran, chargée de mener une « révolution culturelle » visant à purger les universités des « influences néfastes de la pensée occidentale ». Dans ce but, les universités furent fermées pendant quatre ans, période durant laquelle livres, programmes et systèmes éducatifs furent « purifiés ». Peut-être pour célébrer cette glorieuse purification mentale, le nom du Hezbollah devint l’une des principales exportations iraniennes. La branche libanaise vit rapidement le jour à l’ambassade d’Iran à Damas, suivie peu après par la branche irakienne.

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Un autre indice de la nature du Hezbollah apparaissait déjà : alors que les partis totalitaires prétendaient autrefois représenter des nations, des peuples ou des classes sociales, le Hezbollah (littéralement « parti de Dieu ») ne se contenta pas de moins que Dieu Lui-même à sa tête. Sur cette base, son futur secrétaire général, Hassan Nasrallah, tira une partie de sa grandeur de la sacralité transcendante. Et comme la doctrine khomeyniste de la velayet-e-faqih lui conférait, ainsi qu’à ses compagnons, un droit exclusif au pouvoir et au contrôle, il se présenta comme un cri lancé à nos faces et un index pointé vers nous. Lorsque Nasrallah fut tué durant la guerre, alors qu’on le croyait immortel, il fut surnommé « le Sacré », en plus du titre de « seigneur de l’amour », issu d’un soufisme de bas étage. L’odeur d’un projet totémique se fit sentir très tôt, nourri à présent par Naïm Kassem pour en assurer la pérennité.

Cette caractéristique fondatrice du Hezbollah répulsait dès lors toute personne libre, en particulier les femme encerclées d’hommes figés dans le passé, incarnant une conscience soumise à des codes conservateurs mêlant machisme et superstitions. Autre caractéristique fondatrice : au Liban, nous connaissions de nombreux partis confessionnels ne défendant chacun que sa communauté, ainsi que des partis religieux prétendant appliquer les commandements de Dieu. Le Hezbollah, lui, combinait le confessionnalisme et l’extrémisme religieux, nous lapidant doublement.

Vide culturel

Peu après sa fondation, il nous révéla ce qui était caché de ses identités. Il afficha sur les murs de Beyrouth des photos de jeunes qu’il appelait « martyrs heureux », et je me souviens encore d’une image qui me bouleversa : celle d’un « martyr heureux » ayant perdu la moitié de sa tête. Le Hezbollah voulait peut-être nous convaincre que le bonheur n’est possible que lorsqu’il ne reste au-dessus des épaules que la moitié d’une tête. Son culte de la nécrophilie l’amena à organiser une exposition de sang au ministère du Tourisme, au début de la rue Hamra, dans le genre de ce que nous appellerons plus tard une « installation artistique », avec une fontaine d’où coulait sans interruption un liquide rouge. Ce jour-là, Beyrouth se vidait de tout et devint le plus grand supermarché de martyrs et de sang du Moyen-Orient.

Il était désormais clair que cette créature draculienne aiguisait ses dents sur la chair du Liban. Le Hezbollah ne supporte pas un pays pluraliste et pacifique qui se targue de ses liens avec le monde et de ses efforts pour le rattraper. Pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran, il suivit une stratégie consistant à kidnapper des ressortissants étrangers en coordination avec les services de sécurité syriens sous le régime de Hafez al-Assad, et à commettre des attentats contre des ambassades à Beyrouth que Téhéran avait décidé de viser. De temps à autre, une opération militaire, suicide ou non, était menée contre les Israéliens.

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Cependant, les plus grandes opérations du Hezbollah visaient sa propre communauté chiite, la plus dynamique et la plus présente dans l’espace public libanais. Elle se trouva disposée à accueillir ses promesses mirifiques après l’occupation israélienne du Sud en 1982, couronnant sa guerre contre les organisations palestiniennes armées. Lorsque le Hezbollah et le vacarme khomeyniste parvinrent à se saisir des chiites désespérés, un processus inédit de fabrication mentale s’enclencha, créant une société hostile qui déteste l’autre et est elle-même haïe en retour. Ceux qui, à travers des livres ou des films, connaissaient la scénographie nazie et ses vigoureuses démonstrations juvéniles, étaient frappés de terreur par les rassemblements du Hezbollah, ses acclamations adressées à un leader immortel, les poings levés de ses partisans et leurs fronts bandés.

L’une des armes déployées par le Hezbollah pour accomplir sa mission fut la modification du sens des mots : victoire signifiait défaite, humiliation devint dignité, protection du pays et de ses habitants voulait dire cohabiter avec la mort. Pendant plus de quarante ans, le Hezbollah n’a produit aucune œuvre culturelle digne de mention. Ses mains n’ont été souillées ni par un roman, ni par une pièce de théâtre, ni par un poème, ni par un morceau musical. Et ce vide culturel fut nommé « culture de la résistance ».

La diffamation comme seconde langue

Un autre exploit du Hezbollah à cet égard : dans ses aventures au Sud et dans sa guerre contre les Syriens, il nous a convaincus qu’il répondait à une agression que personne n’avait vue, car elle réside dans une « essence », pas dans un événement précis. Ainsi, lorsqu’il attaqua Qousseir et Qalamoun en Syrie, ou kidnappa deux soldats israéliens, il anticipait la révélation d’un mal enraciné de l’autre côté de la frontière. Il a voulu nous faire oublier ce qu’enseignait le Grec Thalès de Milet il y a 2 600 ans sur la causalité des événements, afin de ne croire que ce qu’il disait.

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En réalité, il s’occupait de choses jugées plus importantes que la culture, et même plus essentielles que les tâches urgentes pour la résistance, telles que la construction d’abris pour des habitants qu’il menait droit vers l’abattoir israélien. Son objectif principal était de soumettre les Libanais. Ainsi, en coordination avec le régime Assad, il mena des assassinats d’hommes politiques, de journalistes, de militaires et d’intellectuels, puis envahit Beyrouth pour la protéger de ses égarements. Plus tard, lorsque des jeunes libanais tentèrent de réformer leur système corrompu, il les confronta au fouet. L’explosion du port n’aurait jamais eu lieu sans le climat infect entretenu par lui pour soutenir Bachar el-Assad qui se plaisait à larguer des barils d’explosifs sur son peuple. Parallèlement à sa guerre en Syrie, le Hezbollah s’activait dans le trafic du cash et du captagon, tout en étranglant les secteurs économiques qui rapportaient au Liban des revenus.

Pendant ce temps, il a transformé la diffamation, l’accusation de trahison et l’appel au sang en une seconde langue que répètent ses porte-paroles avec fierté, aucun d’eux n’ayant la moindre lueur d’esprit. Sa force principale provenait d’une culture politique très largement partagée parmi nous : il suffit de prononcer les mots « résistance », « Palestine » ou « Israël » pour nous plonger dans un état extatique, nous rendant incapables de parler ou de protester, abandonnant à la bande appelée « Hezbollah » le soin de nous détruire encore et encore.

Par Hazem Saghieh, éditorialiste et écrivain

Traduit de l’arabe par Mira el-Hayek

نصّ طلبته ونشرته “أوريان لوجور” اليوم. ومعه أصله المكتوب بالعربيّة
https://www.lorientlejour.com/…/reflexions-sur-le…
قبل الإسلام سمّى العرب بعض الأعوام بأسماء المعارك التي خيضت في تلك السنوات، كـ”عام الفيل” تيمّناً بمعركة الفيل، كما سمّوا حروب قبائلهم، كحرب البسوس، “أيّام العرب”. ونحن بدورنا صارت كلّ أيّامنا وأعوامنا ترتبط بـ”حزب الله” وحروبه. هكذا بات يمكننا القول إنّ فلاناً ولد إبّان حرب “الحزب” الثانية مع إسرائيل، أو قبل عشر سنوات على حربه في سوريّة… فهو غزا الزمن اللبنانيّ ومن ضمنه أزمنتنا الشخصيّة، دون أن يصيبه ضجر، أو يُدخل أيّ تعديل يحدّ من رتابة التكرار.
لقد كانت المرّة الأولى التي سمعت فيها اسم “حزب الله” في 1981. يومذاك أُسّس في إيران تنظيم يحمل هذا الاسم، أُوكلَ إليه تنفيذ “ثورة ثقافيّة” تطهّر الجامعات من “التأثيرات الضارّة للفكر الغربيّ”. وللهدف هذا أُغلقت الجامعات أربع سنوات “طُهّرت” خلالها الكتب والمناهج والجهاز التعليميّ. وربّما احتفالاً بهذا الانتصار المبين للتطهير العقليّ، صار اسم الحزب من أهمّ الصادرات الإيرانيّة للعالم. فسريعاً ما نشأت النسخة اللبنانيّة في السفارة الإيرانيّة بدمشق، وبعد حين أُسّست النسخة العراقيّة.
شيءٌ آخر بدا دالاًّ إلى طبيعة “الحزب”: فلئن سبق لأحزاب توتاليتاريّة أن زعمت تمثيل أمم وشعوب وطبقات، فـ”حزب الله” لم يرضَ بأقلّ من الله شخصيّاً أميناً عامّاً له. واستناداً إلى سند كهذا استمدّ أمينه العامّ اللاحق حسن نصر الله بعض تعظيمه من القداسة المتعالية. ولمّا كانت نظريّة “ولاية الفقيه” الخمينيّة قد أعطته وأعطت زملاءه المعمّمين حقّاً حصريّاً في السلطان والتحكّم، راح يعرّفنا عن نفسه بوصفه صراخاً نُقذف به وسبّابة ترتفع في وجوهنا. فحين قُتل نصر الله في الحرب، وكان يُظنّ أنّه لا يموت، سمّي بـ”المقدّس”، وهذا فضلاً عن لقب “سيّد العشق” المستمدّ من صوفيّة ذات صنف رديء. لقد فاحت مبكراً رائحة مشروع طوطميّ يجري حاليّاً تخصيب نعيم قاسم من أجل الحفاظ عليه.
هذه السمة التأسيسيّة في “الحزب” بدت مُذّاك مُنفّرة لكلّ فرد حرّ، خصوصاً للمرأة الحرّة التي أحاطها “الحزب” برجال كالحين نسيتْهم العصور الوسطى، فكانوا أشدّ المعبّرين عن وعي تحجيبيّ يتنافس فيه الخرافيّ والذكوريّ.
بيد أنّ سمة تأسيسيّة أخرى لازمته: فنحن في لبنان عرفنا عديد الأحزاب الطائفيّة التي تدافع حصراً عن جماعتها، وقليلاً من الأحزاب الدينيّة التي تزعم تطبيق أوامر الله. إلاّ أنّ “الحزب” هذا جمع بين الطائفيّة والدينيّة القصويين، فأصابنا بحجرين لا بحجر واحد.
وهو، بُعيد تأسيسه، سريعاً ما أطلعنا على ما خفيَ من هويّاته. فقد ألصق على جدران بيروت صوراً لشبّان سمّاهم “شهداء سعداء”، ولا أزالُ أذكر صورة هزّتني لـ”شهيد سعيد” فقدَ نصف رأسه. ولربّما أراد منها “الحزب” إقناعنا بأنّ السعادة لا تستقيم إلاّ متى انتصف الرأس فوق الكتفين. وفعلاً بلغ به الاحتفال بالنزعة النيكروفيليّة أن أقام معرضاً للدم، في وزارة السياحة وكان مقرّها في أوّل شارع الحمرا، فعُرض ما بِتنا لاحقاً نسمّيه Installation art، لنافورة يتدفّق منها سائل أحمر بلا توقّف. يومذاك كانت بيروت تفرغ من كلّ شيء وتتحوّل أكبرَ سوبر ماركت للشهداء والدماء في الشرق الأوسط.
كان واضحاً منذ تلك البدايات أنّ الكائن الدراكيوليّ هذا يمرّن أنيابه بلحم لبنان. فهو لا يطيق بلداً تعدّديّاً ومسالماً يتباهى بصلاته بالعالم وبسعيه إلى اللحاق به. هكذا، وفي ظلّ حرب العراق وإيران المشتعلة، اتّبع “الحزب” استراتيجيّة قوامُها خطف الرعايا الأجانب بالتنسيق مع أجهزة الأمن السوريّ في ظلّ حافظ الأسد. وقضى بعضُ الاستراتيجيّة المذكورة بتفجير سفارات في بيروت شاءت طهران أن تفجّرها. أمّا بين وقت وآخر فكانت تُنفّذ عمليّة عسكريّة، انتحاريّة أو غير انتحاريّة، ضدّ الإسرائيليّين.
لكنّ أكبر عمليّات “الحزب” قاطبة كانت ضدّ طائفته الشيعيّة. فالأخيرة، وكانت أشدّ طوائف لبنان حَراكاً وديناميّة وحضوراً في الفضاء العامّ، وجدت نفسها مستعدّة لاستقبال وعوده المضخّمة بعدما احتلّت إسرائيل الجنوب في 1982، تتويجاً لحربها مع المنظّمات الفلسطينيّة المسلّحة. وإذ خطف “الحزب” والضجيج الخمينيّ الشيعةَ اليائسين، انطلقت عمليّة غير مسبوقة من صناعة العقل نتج عنها بناء مجتمع مضادٍّ يكره سواه وسواه يكرهه. وكان كلّ من عرف، عبر كتاب أو فيلم سينمائيّ، المشهديّات النازيّة الشهيرة واستعراضاتها الشبابيّة، تصيبه بالرعب مهرجانات “الحزب” بهتافاتها لزعيم خالد وبقبضات أبنائها المشدودة ورؤوسهم المعصوبة.
غير أنّ إحدى أدوات تلك المهمّة تجسّدت في تغيير معاني الكلمات. فالنصر صار يعني الهزيمة، والذلّ يعني الكرامة، وحماية البلد وسكّانه تعني إسكانهم في جوار موت دائم. وسوى هذا، لم تكن لـ”الحزب”، على امتداد عمرٍ تجاوز الأربعين، أيّ إسهام ثقافيّ يُذكر. فيداه لم تتلوّثا برواية أو مسرحيّة أو قصيدة أو قطعة موسيقيّة، وكان لهذا العدم الثقافيّ اسمه وهو “ثقافة المقاومة”.
شيءٌ آخر أنجزه “الحزب” على هذا الصعيد: فهو في مغامراته الجنوبيّة وفي حربه الشرقيّة على السوريّين، أقنعنا بأنّه يردّ عدواناً لم يره أحد. ذاك أنّ العدوان كامن في جوهر، لا في حدث بعينه. فـ”الحزب” حين يهاجم القصير والقلمون، وحين يخطف جنديّين إسرائيليّين، يكون يستبق انكشاف ذاك الجوهر الرديء المقيم على الضفاف المقابلة. أمّا ما علّمنا إيّاه طاليس الإغريقيّ، قبل 2600 سنة، من وجود سببيّة تُعلّل بها الأحداث، فأرادنا “الحزب” أن ننساه لكي نصدّقه وحده.
واقع الحال أنّه كان مشغولاً بأمور أهمّ من الثقافة، بل أهمّ من مسائل يُفترض أنّها مُلحّة للمقاومة، كبناء الملاجىء لسكّان ساقَهم إلى المسلخ الإسرائيليّ. لقد كان مهتمّاً بإخضاع اللبنانيّين أوّلاً وأساساً. هكذا نفّذ، بالتنسيق مع نظام الأسد، عمليّات اغتيال مجرمة طالت سياسيّين وإعلاميّين وعسكريّين ومثقّفين، ثمّ غزا بيروت واحتلّها حمايةً لها من ضلالها. ولاحقاً، حين قرّر شبّان وشابّات لبنانيّون إصلاح نظامهم الفاسد واجههم بالسوط، ولم يكن تفجير المرفأ ليحصل لولا المناخ الموبوء لدعمه بشّار الأسد المتعطّش إلى براميل يرميها على شعبه. وفي موازاة حربه السوريّة، كان “الحزب” معنيّاً بتنشيط اقتصاد التهريب و”الكاش” والكابتاغون، مع ما يستلزمه ذلك من المضيّ في تدمير علاقات لبنان الاقتصاديّة وخنق القطاعات التي تعود عليه عائداتها.
وفي هذه الغضون، حوّل “الحزب” التشهير والتخوين وهدر الدم إلى لغة ثانية، يردّدها بزهو ناطقون بلسانه ليس في رأس أيٍّ منهم نقطة ضوء واحدة. وكان مصدر قوّته الأبرز ثقافة سياسيّة سائدة لدينا جميعاً، يكفي بموجبها أن تُذكر كلمات “المقاومة” و”فلسطين” و”إسرائيل” حتّى نُصاب بهزّة جُماع نفقد بعدها القدرة على النطق والاعتراض، تاركين للعصابة المسمّاة “حزب الله” أن تُهلكنا مرّة بعد مرّة.
حازم صاغيّة

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